MAIN BASSE SUR HAÏTI : L’AÉROPORT COMME CHEVAL DE TROIE D’UNE NOUVELLE COLONISATION

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Alors que les tensions régionales persistent, les Américains ont mis la main sur l’aéroport international Toussaint Louverture. Cet outil, fer de lance de la stratégie économique et touristique d’Haïti, devient aussi le pivot d’ambitions plus sombres : intervention sur les ressources naturelles et accélération d’une colonisation moderne du pays.

  1. Un aéroport sous influence étrangère – Historique et accords

Le contrôle étranger des infrastructures stratégiques haïtiennes s’inscrit dans une longue tradition d’intervention militaire américaine. Le 19 septembre 1994, les forces américaines étaient positionnées pour envahir Haïti afin de renverser le dictateur Raoul Cédras et rétablir Jean-Bertrand Aristide au pouvoir. L’invasion fut annulée à la dernière minute après une délégation conduite par l’ancien président Jimmy Carter, le sénateur Sam Nunn et le général Colin Powell, qui négocia un accord de reddition avec le régime militaire.

Entre le 19 et 20 septembre 1994, le général Hugh Shelton, commandant de la force d’invasion Operation Uphold Democracy (près de 25 000 soldats), rencontra Raoul Cédras pour organiser une transition pacifique. Aristide retourna en Haïti le 15 octobre 1994 – foulant à nouveau le sol national sous escorte américaine.

Sur le plan juridique, cette intervention fut autorisée par la Résolution 940 du Conseil de sécurité des Nations unies (31 juillet 1994), première résolution autorisant l’usage de la force pour rétablir la démocratie dans un État membre.

L’aéroport Toussaint Louverture, porte d’entrée stratégique, fut alors sous contrôle opérationnel américain dans le cadre de la Mission des Nations unies en Haïti (UNMIH), mandatée jusqu’au 31 mars 1995.

  1. Alix Didier Fils-Aimé – L’homme du CPT qui tient le levier du soft-power

Né le 14 novembre 1971, Alix Didier Fils-Aimé est un homme d’affaires haïtien, diplômé de Boston University. Il a présidé la Chambre de commerce d’Haïti sous la présidence de Michel Martelly (14 mai 2011 – 7 février 2016) et dirigé Hainet, un fournisseur d’accès internet devenu insolvable en 2013.

Nommé Premier ministre par intérim le 10 novembre 2024, il succède à Garry Conille, limogé par le Conseil présidentiel de transition (CPT). Le 23 janvier 2026, le CPT tenta de le renvoyer, mais Laurent Saint-Cyr, coordinateur du Conseil, refusa de signer la motion de destitution.

Le 7 février 2026, après l’expiration du mandat du CPT, Fils-Aimé devint chef de fait de l’État haïtien, gouvernant seul – situation comparable à celle d’Ariel Henry après l’assassinat du président Jovenel Moïse (7 juillet 2021). Le 23 février 2026, un Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections fut signé par plusieurs partis politiques pour soutenir sa gouvernance unique jusqu’aux prochaines élections.

  1. Appui international et ambitions économiques

Le leadership de Fils-Aimé bénéficie d’un soutien international marqué. La CARICOM (Communauté caribéenne) a validé le passage à un exécutif monocéphale, et les États-Unis ont réaffirmé leur appui avant l’expiration du CPT. Plusieurs membres du CPT ayant tenté d’évincer Fils-Aimé – Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils, Louis Gérald Gilles, Fritz Alphonse Jean et Smith Augustin – ont été sanctionnés par des restrictions de visa américaines.

Dans le domaine économique, la Banque interaméricaine de développement (BID) a joué un rôle clé. Lors d’une conférence à Port-au-Prince, le président de la BID Luis Alberto Moreno a déclaré : « Haïti a été trop longtemps perçue comme la terre des opportunités perdues. Je crois qu’Haïti est désormais prête à attirer des investissements privés ». Les secteurs ciblés incluent l’agro-industrie, les énergies renouvelables et la confection vestimentaire. Le Canada et l’envoyé spécial de l’ONU, le président Bill Clinton, ont également soutenu ces initiatives.

Par ailleurs, la terminaison du statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens aux États-Unis a été annoncée pour le 3 février 2026 par la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, avant d’être suspendue par une décision de justice.

  1. Les trois missions stratégiques (et destructrices)
  2. Renforcer l’asphyxie des flux – Contrôler les mouvements aériens, douaniers et migratoires. Fils-Aimé gouverne sans contre-pouvoir, sans parlement ni président élu, ce qui lui permet de verrouiller l’accès au territoire.
  3. Réduire les investissements de qualité – Privilégier des projets extractivistes. Le Code des investissements (décret du 30 octobre 1989, modifié) offre des exonérations douanières et fiscales aux entreprises étrangères dans les secteurs prioritaires (tourisme, agriculture, zones franches). Ce régime incitatif, couplé à la loi HOPE II (accès en franchise au marché américain pour le textile), favorise une économie low-cost sans transfert technologique durable.
  4. Accélérer la transformation coloniale – Imposer des modèles agro-industriels étrangers. La BID a annoncé un fonds de 2 millions de dollars pour le secteur vestimentaire et une subvention de 150 000 dollars pour étudier la construction d’usines textiles en parcs industriels.
  5. L’objectif final : une dépossession totale

« Santé mentale, etc. » – Derrière ce constat amer, il y a un programme systémique : détruire les repères collectifs, institutionnels et psychiques pour achever la soumission.

Le contrôle de l’aéroport Toussaint Louverture n’est qu’un maillon. Comme le soulignait déjà le préambule du Code des investissements : « l’investissement privé tant national qu’international est le facteur déterminant de la croissance et du développement économique ». Mais cette « croissance » se fait au détriment de la souveraineté, avec des acteurs comme la BID, le Canada et les États-Unis orchestrant une mainmise discrète mais implacable.

Haïti devient un laboratoire où l’on expérimente, sans élections ni contre-pouvoir, la colonisation par l’aéroport. Alix Didier Fils-Aimé en est le gestionnaire docile, soutenu par Washington et la CARICOM. Et nous, spectateurs ou acteurs – jusqu’où laisserons-nous cette main forte serrer le cou de Toussaint Louverture ?

Références factuelles intégrées :

· Operation Uphold Democracy – 19 septembre 1994, résolution UNSCR 940 – 25 000 soldats américains
· Accord Carter/Cédras – 18-20 septembre 1994
· Retour d’Aristide – 15 octobre 1994
· Nomination de Fils-Aimé – 10 novembre 2024
· Expiration du CPT et prise de pouvoir – 7 février 2026
· Pacte national pour la stabilité – 23 février 2026
· Termination du TPS Haïti – annoncée pour le 3 février 2026
· Conférence BID sur les investissements – avec Bill Clinton, Luis Alberto Moreno, Michèle Duvivier Pierre-Louis

Peterson Paris

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