
La lettre de la loi C-12, dans sa partie 8, est claire. Une personne ayant déjà visité le Canada et en ayant quitté le territoire n’est pas éligible à déposer une demande d’asile. Ce contraste de la récente mesure migratoire du Canada a scellé le sort d’Ariel Lalanne et de Christine Hilaire. Ces professionnels, deux médecins haïtiens formés en partie au Canada, sont dans de beaux draps. Pourtant, ils auraient pu aider à combler des vides dans un secteur déjà en manque.
En 2023, le Collège des médecins de famille de l’Ontario prévoyait que d’ici 2026, plus de 4 millions d’Ontariens pourraient se trouver sans médecin de famille, selon Radio-Canada. De son côté, le groupe de recherche sur les soins de santé Inspire-PHC estimait plus tôt cette même année que plus de 2 millions de personnes en étaient déjà privées (Radio-Canada, 2023).
Dans une étude réalisée en 2024 et publiée sur le site du gouvernement du Canada en avril 2026, on apprend que les personnes immigrantes (21 à 31 %), et particulièrement les personnes racisées, sont les plus susceptibles de ne pas avoir accès à un médecin de famille, contrairement à leurs homologues non immigrants (16 à 18 %). Du côté du Québec, la clinique Omicron (2026) rapportait que 1,5 million de Québécois n’avaient pas accès à un médecin de famille, d’après des chiffres publiés par le gouvernement provincial en octobre 2025.
À l’échelle nationale, l’Association médicale canadienne (AMC) indique qu’en 2024, plus d’une personne sur cinq au Canada — soit environ 6,5 millions de citoyens — n’avait pas accès à un médecin de famille ou à un praticien de la santé consulté régulièrement. Le nombre de médecins de famille ne grandit pas au même rythme que la demande : d’ici 2031, près de 20 000 postes seront vacants, selon le gouvernement fédéral.
Comment expliquer ce manque et comment le pallier ?
Selon les associations médicales, plusieurs facteurs expliquent cette pénurie, entre autres :
• La croissance démographique de la population ;
• Le vieillissement des médecins de famille actuels, qui partent massivement à la retraite ;
• La baisse du pourcentage de nouveaux diplômés en médecine qui choisissent la médecine familiale ;
• La diversification des pratiques : en 2024, près de 30 % des médecins de famille travaillaient dans des domaines particuliers comme la médecine d’urgence, la santé mentale ou les soins maternels, selon l’ICIS.
Bien que certaines mesures soient envisagées pour pallier ce manque, plusieurs restrictions continuent de priver la population canadienne de soins. On peut notamment citer les exigences administratives et professionnelles colossales imposées aux médecins diplômés à l’étranger, ainsi que la récente loi C-12, qui vise à renforcer le système d’immigration et les frontières du Canada. Cette loi, bien qu’importante, constitue une barrière majeure pour certains professionnels étrangers. C’est le cas de médecins formés au Canada qui avaient honoré leur contrat en retournant initialement dans leur pays d’origine.
Dans cette liste, on trouve Ariel Lalanne et Christine Hilaire. Ces derniers se retrouvent aujourd’hui dans l’impossibilité de pratiquer leur profession ou même de déposer une demande d’asile. Les deux médecins sont dans l’expectative à Montréal. Car la loi C-12 les contraint à soumettre une demande d’asile à leur retour dans le pays. Puisqu’ils avaient déjà visité et quitté le territoire canadien.
À cette situation combien délicate, plusieurs questions peuvent être posées. Auront-ils droit à une décision spéciale ? Seront-ils retournés au bercail ? Puisqu’ils avaient confié à un média canadien qu’ils avaient été sauvés de justesse d’une tentative de kidnapping à Port-au-Prince. Si rien n’est fait, quel sera leur sort ?
