Oui, le racisme est bel et bien présent au Brésil, révèle une recherche

Depuis 2014, le Brésil demeure une terre d’accueil pour les migrants de la région, en particulier les Haïtiens. Cependant, ces derniers sont souvent réduits à l’image de « réfugiés » du séisme de 2010, même lorsqu’ils viennent étudier ou travailler. Ils subissent des humiliations quotidiennes sans pourtant revendiquer. Pourquoi ces actes sont-ils minimisés ou ignorés ? Et qu’ils n’apparaissent pas à l’écran ?


Deux chercheurs aux profils complémentaires ont réalisé une étude sur les actes racistes que subissent les migrants noirs au Brésil. D’abord, Sônia Caldas Pessoa. Elle est docteure en études linguistiques et professeure de communication sociale à l’Université Fédérale de Minas Gerais (UFMG). Également professeure invitée à l’Institut Mines-Télécom en France (2023/2024) grâce à une bourse Capes-Print (Coordination pour le perfectionnement du personnel de l’enseignement supérieur). Coordinatrice du groupe de recherche Afetos (@grupoafetos.ufmg), elle s’intéresse aux liens entre communication, discours et expériences, et est boursière de productivité du CNPQ (Conseil national pour le développement scientifique et technologique), ce qui témoigne de sa reconnaissance dans le champ scientifique.

Ensuite, Jude Civil, sociologue haïtien, poursuit un doctorat à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa. Avant cela, il a obtenu une licence et une maîtrise en communication sociale à l’UFMG. Ses recherches portent sur les migrations internationales, l’analyse du discours médiatique, la construction identitaire en contexte migratoire, les minorités visibles et la discrimination raciale. Son parcours personnel nourrit directement ses travaux : ayant lui-même vécu au Brésil, il a expérimenté les difficultés d’intégration et les préjugés auxquels sont confrontés les migrants noirs.

Leur méthode repose sur une approche qualitative. Ils ont croisé des récits d’Haïtiens recueillis par Dornelas et Marques & Therrier, des témoignages publiés dans le journal O Tempo, ainsi que l’expérience personnelle de Civil. Cette triangulation — affects, imaginaires et racisme — permet de comprendre comment les représentations médiatiques et politiques construisent une image négative des migrants haïtiens.

Les résultats sont sans appel : les Haïtiens subissent des humiliations quotidiennes , comme le raconte Gilbert, 30 ans : « Vous montez dans le bus, il y a plusieurs sièges vides… la personne blanche devant vous se lève très nerveusement. » Ces attitudes traduisent un racisme structurel qui complique leur insertion sociale et professionnelle, aggravée par la barrière linguistique et la non-reconnaissance des diplômes.

Le contexte historique éclaire cette situation. Haïti, première république noire indépendante en 1804, a connu une succession de crises politiques et économiques. Après le séisme de 2010, l’afflux massif d’Haïtiens au Brésil a suscité des débats et conduit à la création d’un visa humanitaire en 2012. Mais cette ouverture n’a pas suffi à garantir une intégration harmonieuse : les migrants restent confrontés à la marginalisation et aux stéréotypes.

En mobilisant des références comme Achille Mbembe, qui rappelle que « la race est l’une des matières premières avec lesquelles nous fabriquons la différence », les auteurs montrent que le racisme n’est pas seulement une pratique individuelle mais un système structurant. Leur recherche révèle une tension persistante entre l’image construite des migrants haïtiens par les médias et la société, et leurs expériences vécues, marquées par le racisme mais aussi par la volonté de bâtir une vie meilleure au Brésil.

Le contrepoids de l’État

Contrairement à certains pays comme la République dominicaine ou l’Italie, où le racisme et la xénophobie sont visibles, le Brésil s’est montré plus ouvert. Le pays prend ce sujet très au sérieux. Comme son histoire est liée aux migrations, les juristes ont reconnu l’importance de cet apport.

Dans la Constitution actuelle, la migration est considérée comme une partie intégrante de la société. L’article 6 précise que les droits sociaux comprennent : l’éducation, la santé, l’alimentation, le travail, le logement, les transports, les loisirs, la sécurité, la protection sociale, la maternité, l’enfance et l’aide aux personnes sans abri.

Ainsi, le droit brésilien est très strict sur ces questions. Le racisme est considéré comme un crime grave, puni de sanctions sévères. Une personne reconnue coupable peut aller jusqu’à cinq ans en prison. La loi n° 7.716 définit plusieurs formes de discrimination, par exemple :

Empêcher une personne qualifiée d’obtenir un poste dans la fonction publique ou dans une entreprise privée à cause de sa race, de sa couleur ou de sa religion. Refuser un service dans un commerce. Interdire l’inscription d’enfants à l’école.

Empêcher des personnes noires d’aller dans des restaurants, bars, bâtiments publics ou d’utiliser les transports en commun.

Le Code pénal prévoit aussi des peines pour les insultes raciales (article 140). Une insulte raciale est une atteinte à l’honneur d’une personne basée sur sa race, sa couleur, son origine ethnique, sa religion ou son pays d’origine.

Somme toute, même si certains Brésiliens sont racistes, il existe plusieurs cadres légaux protégeant les migrants(noirs) ainsi que les autres groupes défavorisés comme les autochtones. Ce qui atteste l’idée que le Brésil est un pays accueillant.

: https://www.otempo.com.br/cidades/imigrantes-haitianos-sofrem-com-xenofobia-no-trabalho

Propos recueillis par Montima Murat

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