
L’annonce de l’État haïtien d’imposer des visas aux citoyens dominicains a rebondi dans un contexte particulier : quelques jours plus tôt, le Panama avait supprimé l’obligation de visa pour les Dominicains, leur permettant de voyager librement pour des séjours de 90 jours à des fins touristiques ou professionnelles. Ce contraste a accentué la consternation du président Luis Abinader. Alors que la République dominicaine était reconnue par un pays tiers comme un partenaire fiable et attractif, Haïti envoyait un signal inverse, rappelant la fragilité des relations bilatérales.
Pour Abinader, cette décision est une atteinte symbolique : elle inverse la logique habituelle où ce sont les Haïtiens qui doivent franchir des obstacles pour entrer en République dominicaine. Elle représente aussi une menace économique, car elle risque de ralentir les échanges commerciaux et les déplacements professionnels. Enfin, elle envoie un message politique clair : Haïti refuse d’être seulement le voisin dépendant et entend rappeler sa souveraineté.
Cette consternation est renforcée par la pression internationale. Amnesty International a demandé à Abinader de mettre fin aux expulsions massives et aux traitements discriminatoires infligés aux migrants haïtiens, dénonçant des pratiques de profilage racial et des violations des droits humains. Cette critique fragilise son image à l’extérieur et souligne que sa politique migratoire est contestée sur le plan des droits fondamentaux.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2020, Abinader a toujours décrit Haïti comme un partenaire difficile. Lors de la crise du canal de la rivière Massacre en 2023, il avait fermé la frontière et dénoncé l’imprévisibilité d’Haïti. Devant l’ONU en 2023, il avait réaffirmé que « la République dominicaine ne peut pas absorber les crises haïtiennes ». Dans ce cadre, l’imposition de visas par Haïti constitue un redressement symbolique : elle rappelle que la relation n’est pas à sens unique et que la République dominicaine ne peut pas dicter seule les règles du jeu.
En conclusion, Abinader est mécontent car cette décision heurte son image de dirigeant ferme et son récit d’une République dominicaine protectrice face à un voisin instable. Les visas deviennent un symbole : malgré ses crises, Haïti peut aussi imposer ses conditions et rappeler qu’elle n’est pas seulement un partenaire dépendant, mais aussi un acteur capable de redresser la barre.
