« Soyez comme le Wozo : pliez sous les obstacles, mais ne cassez jamais. »

Dans le cadre de nos démarches visant à mettre en valeur les bienfaits de la migration, Jeune Migrant se fait le plaisir d’explorer les réussites et les initiatives des personnes migrantes. Ces dernières , qui, malgré les obstacles et les difficultés rencontrés en terre étrangère, se sont démarquées par leur résilience et leur capacité à innover. C’est dans ce contexte que Jeune Migrant vous présente aujourd’hui une jeune entrepreneuse haïtienne qui vit actuellement au Canada. Lisons ensemble l’expression de la fierté de cette jeune dame, et particulièrement son conseil à la fin.

À travers sa mission, Jeune Migrant entend, entre autres, informer sur l’actualité en Haïti et à l’international, et nous croyons qu’une information juste et responsable contribue à une meilleure compréhension des phénomènes migratoires.


J.M. : Pouvez-vous nous parler de vous et de votre jeune entreprise ?

Je suis Djoudline Bonnet, haïtienne et fondatrice de Wozo Collection. Elle est une marque de vêtements et d’accessoires inspirée de la culture haïtienne. À travers nos t-shirts, chandails à capuchon, sacs, chapeaux et autres créations, nous cherchons à mettre en valeur la richesse de notre culture, notre patrimoine et surtout cette résilience qui caractérise le peuple haïtien. C’est d’ailleurs de là que vient le nom Wozo Collection : le « wozo » (en créole), ou roseau, représente cette capacité à plier sous les épreuves sans jamais se casser.

J.M. : À la base, quel a été le déclic ?

Plusieurs raisons m’ont poussée à créer quelque chose qui puisse montrer une autre facette d’Haïti, une facette qu’on ne voit pas ou qu’on ne met pas suffisamment en avant. Sur le plan personnel, Wozo Collection est née de certaines difficultés que j’ai rencontrées en terre étrangère, notamment en matière d’adaptation et de perception. Chaque fois que j’ouvrais la bouche pour parler, on me demandait d’où je venais. Je me suis alors dit qu’il fallait que je trouve un moyen de montrer que je viens d’Haïti sans avoir à le dire, et surtout de manière positive.
D’un point de vue plus général, ce qui me motive profondément, c’est de voir un peuple qui, malgré l’exploitation, les frustrations, les difficultés et la peur, continue de se battre pour exister et de se relever. Le peuple haïtien possède une arme extraordinaire : sa résilience. C’est cette force que je veux aussi raconter à travers Wozo Collection.


J.M. : Pensez-vous qu’il existe un lien entre votre collection et la migration ?


Oui, implicitement, je pense qu’il existe un lien très fort. Le peuple haïtien a cette capacité extraordinaire à fléchir sans jamais se casser, et cela rejoint beaucoup la réalité des migrants. On arrive sur une terre étrangère, on doit s’adapter, parfois sous le poids des épreuves, des incompréhensions, voire de certaines humiliations. Malgré tout cela, beaucoup d’entre nous réussissent à se réinventer, à avancer et à construire quelque chose de nouveau, tout en gardant leurs origines comme boussole. Pour moi, Wozo représente justement cette capacité à s’adapter sans perdre son identité.


J.M. : En contexte migratoire, les jeunes Haïtiens investissent peu. À votre avis, y a-t-il une raison particulière ?


Je dirais plutôt que les jeunes Haïtiens prennent de plus en plus d’initiatives ces dernières années. On a aujourd’hui beaucoup d’exemples de jeunes qui entreprennent, innovent et brillent, aussi bien en Haïti qu’à l’étranger. Je pense que les obstacles à l’entrepreneuriat peuvent varier d’une personne à l’autre. Ils peuvent être liés aux objectifs qu’on se fixe, aux moyens dont on dispose, mais aussi aux circonstances et à l’environnement dans lesquels on évolue. L’immigration, par exemple, demande souvent beaucoup d’adaptation et de stabilité avant de pouvoir investir dans un projet personnel. Mais malgré ces contraintes, je trouve encourageant de voir de plus en plus de jeunes oser entreprendre et créer leur propre chemin.


J.M. : Wozo est à la fois une passion et un rêve. Pensez-vous que cela puisse servir d’exemple à de jeunes migrants ?


Oui, absolument. À travers Wozo Collection, je veux surtout transmettre un message qui dépasse la marque et qui puisse toucher les jeunes, particulièrement ceux qui vivent loin de leur terre d’origine. Le message est simple : malgré les difficultés de la vie, ne lâchez pas. À l’image du wozo et, d’une certaine manière, à l’image d’Haïti, il faut savoir plier sous les obstacles sans jamais casser. Je veux montrer qu’on peut partir d’une idée, parfois même d’une difficulté personnelle, et la transformer en quelque chose de positif. Accrochez-vous à vos rêves, croyez en ce que vous portez et n’ayez pas peur de commencer.


J.M. : Wozo vous apprend quelle leçon particulière ?


Wozo m’apprend avant tout la persévérance, la résilience et la capacité d’adaptation. Le roseau peut être secoué par le vent, il peut plier, mais il ne casse pas. Je trouve que c’est une belle représentation de ce que nous sommes en tant qu’Haïtiens, mais aussi de ce que vivent beaucoup de migrants. Il y aura toujours des moments de doute, d’échec, de découragement ou de remise en question. Mais ces moments ne doivent pas nous faire oublier qui nous sommes, ni pourquoi nous avons commencé. Wozo m’a aussi appris qu’on peut transformer les épreuves en force et ses racines en source d’inspiration. Nos origines ne sont pas quelque chose que nous devons cacher. Elles peuvent être une richesse, une force et même le point de départ de quelque chose de grand.


J.M. : Et quel conseil donneriez-vous aux jeunes migrants ?


Je leur dirais d’abord de croire en eux-mêmes et de ne pas avoir peur de commencer petit. L’immigration peut être une expérience difficile. On doit parfois repartir de zéro, apprendre à s’adapter à une nouvelle réalité et faire face à des obstacles qu’on n’avait pas anticipés. Mais il ne faut jamais laisser ces difficultés définir notre valeur ou nos limites. Je leur conseillerais aussi de rester connectés à leurs racines tout en étant ouverts à leur nouvel environnement. Notre identité est une richesse, pas un handicap. Il faut apprendre, se former.

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