Dans un atelier improvisé au Mexique, entre des pots de peinture ouverts et des toiles encore inachevées, Pintor Kelly, épaulé par sa femme, transforme son parcours migratoire en œuvre d’art. Originaire d’Haïti, cet artiste peintre installé au Mexique utilise ses pinceaux pour raconter une autre histoire de la migration haïtienne : une histoire de dignité, de créativité et de résilience.
Artiste peintre depuis plusieurs années, Pintor Kelly nourrit une passion pour le dessin bien avant d’en faire une profession. Cependant, c’est un événement marquant de sa vie qui l’a véritablement conduit vers une carrière artistique.
« Mwen ap pratike penti depi plizyè lane, fè desen te toujou yon passion pou mwen », mais après un accident de moto, je ne pouvais plus effectuer certains travaux physiques exigeants. C’est à ce moment-là qu’un de mes grands frères m’a aidé à trouver une petite opportunité auprès d’un artiste peintre. J’avais déjà le talent, il ne me restait qu’à le développer. C’est ainsi que je suis devenu peintre professionnel », raconte-t-il.
Un parcours marqué par la passion et la persévérance
Ce qui n’était au départ qu’un passe-temps est alors devenu un métier. Au fil des années, Pintor Kelly a perfectionné sa technique et transformé son talent naturel en véritable moyen d’expression artistique, faisant aujourd’hui de la peinture un outil de création, de communication et de valorisation de son parcours.
Loin des images souvent associées aux migrants, pauvreté, violence et survie… Pintor Kelly veut montrer une réalité plus humaine. À travers ses tableaux, il peint des regards, des silhouettes, des scènes inspirées de la culture haïtienne et des émotions liées à l’exil.
« Les migrants ne sont pas seulement des personnes qui traversent des frontières. Ce sont aussi des talents, des rêves et des histoires, » confie-t-il.
Entre fierté personnelle et responsabilité culturelle
Son parcours artistique a commencé bien avant son départ d’Haïti. Mais c’est au Mexique, confronté aux difficultés de l’intégration et au regard parfois dur porté sur les migrants, qu’il décide de faire de la peinture un langage de résistance. « Quand les gens voient un migrant, ils voient souvent un problème. Moi, je veux qu’ils voient aussi la beauté, l’intelligence et l’humanité qui existent derrière chaque parcours », explique l’artiste.
Dans plusieurs de ses œuvres, les couleurs vives rappellent les paysages haïtiens, les racines de la culture haïtienne. D’autres tableaux sont plus sombres, marqués par la solitude, l’attente ou l’incertitude. Mais tous ont un point commun : ils cherchent à redonner un visage humain à la migration.
« Penti ede mwen eksprime eksperyans mwen, doulè mwen, espwa mwen ak fòs mwen. Mwen vle demontre dèyè chak migran genyen yon istwa, yon rèv ak yon valè san parèy »
Quand la peinture devient un pont entre les peuples
Pour Pintor Kelly, l’art peut jouer un rôle important dans la lutte contre les préjugés. « Une peinture peut parfois toucher plus qu’un long discours. Elle peut créer de l’empathie, » affirme-t-il. Selon lui, changer le narratif sur les migrants passe aussi par la culture, parce qu’elle permet aux sociétés de voir au-delà des stéréotypes.
« Représenter Haïti à travers mes peintures à l’étranger est pour moi une immense fierté, mais aussi une grande responsabilité. À travers mon art, j’essaie de montrer une autre image de mon pays : celle d’une nation riche de sa culture, de ses talents et de sa créativité. Chaque œuvre que je réalise est une façon de mettre en lumière la beauté, la résilience et le potentiel du peuple haïtien », lâche d’un air souriant l’artiste.
À travers ses pinceaux, Pintor Kelly ne peint pas seulement des tableaux. Il peint une réponse silencieuse à l’exclusion. Une manière de dire que derrière chaque migrant, il y a un être humain avec une histoire, une identité et un potentiel.
Et dans un monde où les migrants sont souvent réduits à des chiffres ou à des crises, son art rappelle une chose essentielle : l’humanité ne s’arrête pas aux frontières.




