
Rescapé du tremblement de terre du 12 janvier 2010 en Haïti, Robert Montinard devient un témoignage. Survivant des décombres, le militant écologiste fait de sa vie un acte d’humanisme. Installé au Brésil depuis cette scène tragique, Robert (Bob, pour les intimes) ne passe un jour sans mettre l’image d’Haïti devant les scènes. En même temps, Robert a fermement condamné les impacts d’une mauvaise gestion du climat. Entre ses vécus migratoires, son combat pour la justice climatique et les séquelles du tremblement de terre en Haïti, le fondateur de Mawon s’ est livré à JeuneMigrant.
Jeune Migrant: Qui êtes -vous?
Robert Montinard : Je suis Robert Montinard dit Bob, natif des Barraderes, dans le département des Nippes. Producteur culturel, facilitateur, formateur et acteur de la société civile haïtienne. Son parcours a commencé en Haïti, avec des expériences dans les domaines de la culture, de la mobilisation communautaire, de la médiation et de la construction de la paix, notamment dans le cadre d’initiatives liées au programme DDR du PNUD.
Arrivé au Brésil en 2010, je fonde MAWON en 2012, une organisation engagée dans la promotion des droits, de l’intégration et de la participation des personnes migrantes et réfugiées.
je travaille sur la culture haïtienne, les migrations et le refuge, la construction de la paix, l’éducation interculturelle, la justice climatique et la mobilité humaine. je suis également facilitateur de la Fresque du Climat et de la Fresque de l’Océan et développe des formations, des dialogues et des méthodologies participatives.
Au cours de mon parcours, j’ai développé des partenariats avec des organisations et institutions telles que le HCR, le SESC, la PUC-Rio, l’IMDH et l’OIM.
Mon travail relie culture, droits humains, participation communautaire, construction de la paix et justice climatique, en renforçant la voix et la participation des personnes migrantes et réfugiées au Brésil.
Jeune Migrant: Qu ‘ est-ce que vous pouvez nous dire de tes activités?
Robert Montinard : Arrivé au Brésil, j’étais un peu perdu vu mon passé en tant que professionnel de la culture. Mes activités ne rythmaient pas à la réalité brésilienne. Au fur et à mesure, certaines barrières se dressaient devant moi. En raison de mon investissement dans le monde humanitaire depuis Haïti, je déambulais beaucoup, car au Brésil, ce monde n’est pas rentable. Jusqu’à 2014, je n’arrivais pas à me stabiliser dans le pays. C’était au moment de la Coupe du Monde 2014 que je réussissais à lancer ma carrière. J’avais participé à la médiation et à la construction de plusieurs stades et aidé un grand nombre d’Haïtiens à gagner leur vie.
Étant expert en médiation, articulation et production culturelle, mon travail consiste à faire le premier pas afin de faciliter la réalisation de n’importe quelle activité, y compris sur le plan médiatique. C’est ainsi que Mawon a pris naissance. Cette structure à double volet est née de l’expérience migratoire vécue par Mélanie et Bob. Ensemble, ils ont dû surmonter divers obstacles linguistiques et culturels et ont multiplié les allers-retours auprès de la Police fédérale en quête des documents légaux. C’est pour éviter à d’autres immigrants de rencontrer de telles difficultés qu’ils ont fondé Mawon.
Jeune Migrant: Deux séismes ont frappé le Venezuela et la Colombie, vous avez un avis?
Robert Montinard : Le premier avis que j’ai est plutôt personnel. Ayant vécu un tremblement de terre en Haïti, je comprends très bien ce que c’est. Un séisme laisse toujours des séquelles à la fois physiques et psychologiques. Aussi bizarre que cela puisse apparaître, il est plus facile pour une femme d’oublier son mari policier mort dans une opération que d’oublier son mari mort dans un tremblement de terre.
À travers cet exemple, des similitudes laissent entrevoir, mais les douleurs sont différentes. Une personne disparue ou victime dans un séisme est appelée à revivre la scène chaque année. Tellement les séquelles sont ineffaçables. En ce sens, je partage les souffrances des peuples vénézuéliens et colombiens. Car, après une catastrophe naturelle, on ne redevient plus jamais la même personne.
Mais, d’un point de vue général, on doit aussi se dire la vérité. Un tremblement de terre n’est pas lié à la crise climatique. Il est plutôt un phénomène géologique qui a pourtant provoqué les mêmes conséquences qu’ une crise climatique. Par exemple, une victime d’un séisme aura les mêmes nécessités que le citoyen lambda dévasté par un cyclone en termes de survie.
Jeune Migrant: En tant que militant écologiste et défenseur des Droits Humains, voulez-vous établir un rapport entre ces catastrophes naturelles et la migration?
Robert Montinard : Elles sont intimement liées. Dans la littérature même de la migration, les catastrophes naturelles sont mentionnées en grande manchette en étant l’une des causes. Tremblement de terre, violence, cyclone, faim, sécheresse , productions industrielles et armes à feu, guerre, sont entre autres les principales causes de la migration. Regardez les migrants de la région et vous verrez qu’ils proviennent des pays confrontés actuellement à des crises politiques ou climatiques. À titre d’exemple, le Venezuela, Cuba et Haïti traversent des moments politiquement difficiles . Et ce sont ces peuples qui sont éparpillés dans des pays d’Amérique.
Jeune Migrant: Avez-vous un conseil aux dirigeants du monde entier?
Robert Montinard : Je peux résumer mes conseils en deux mots techniques: mitigation et adaptation. (Mitigation, un concept anglophone qui signifie action de réduire un risque.Ndlr) Parce que la réalité actuelle nous rattrape à chaque fois que nous refusons de l’accepter. Nous estimons tous que l’air que nous consommons est pollué. L’eau est affectée, le soleil est anormal, pourtant peu d’actions concrètes visent à freiner le danger. Il ne s’agit pas de l’apocalypse, mais certains estiment que le monde a une épée de Damoclès pendue au-dessus de sa tête.
Si tout problème identifié est vraiment à moitié résolu, en ce sens, deux options sont envisageables.
D’abord, on doit analyser la question. Comment en sommes-nous arrivés là? Partons de cette déclaration profane estimant que tout le monde a une part de responsabilité. Aussi belle soit cette pensée, mais elle a une limite tant qu’elle n est pas prete a enumerer la part de responsabilité de chacun. Les 50 % des gaz a effet de serres emis dans le monde sont produits par les 10 % de pays les plus riches dans le monde.
Ensuite, la deuxième option est l’engagement participatif de tout un chacun. Tout le monde, indistinctement, doit jouer son rôle. En commençant par l’utilisation rationnelle de l’énergie dans ses propres activités. En passant par un changement de vision du monde. Où chacun, dans une maison, veut se procurer une voiture de luxe ou la dernière version d’un téléphone. Et, au final, en réduisant le confort que nous rêvons tous.
Jeune Migrant: Et conseil pour les jeunes migrants?
Robert Montinard : Pour les jeunes migrants, je leur dirais d’être aptes à subir des transformations. Car, la migration, dans sa littérature, représente un changement d’un point A à un point B. Donc, ce changement va être opéré dans toutes les sphères de leur vie. Ceci étant dit, tout va être revu tant sur le plan économique, culturel ou professionnel. C’est pourquoi, avant même de migrer dans un pays, il faut se renseigner sur le fonctionnement de cette société. Car, dans le contexte migratoire, on doit être ouvert.
