L’argent des migrants surpasse l’aide au développement dans les pays démunis

En 2025, plus de la moitié des envois de fonds des migrants vers leurs pays d'origine ont été initiés par voie numérique comme ici avec l'application mobile de Western Union.
En 2025, plus de la moitié des envois de fonds des migrants vers leurs pays d’origine ont été initiés par voie numérique comme ici avec l’application mobile de Western Union. (Photo Kermalo/REA)

Les envois de fonds par des migrants dans leur pays d’origine dépassent largement les montants consacrés à l’aide publique au développement et aux investissements directs étrangers. Mais cinq pays captent près de la moitié des capitaux.

La tendance ne se dément pas. En 2025, les envois de fonds par des migrants dans leur pays d’origine ont, une fois de plus, dépassé le montant de l’aide publique au développement (APD) et de celui des investissements directs étrangers pour les pays les plus défavorisés.

Selon les chiffres divulgués par le Fonds international de développement agricole (Fida) dans un rapport publié ce lundi, ces envois d’argent ont atteint le record de 728,6 milliards de dollars, l’an passé. En dix ans, ils ont doublé. Pour la même année, l’APD s’est élevée à seulement 174,3 milliards de dollars, tandis que les IDE dans les pays à revenu faible se sont élevés à 160 milliards.

L’Asie en priorité

Alors que les pays riches coupent dans leur budget consacré à l’aide au développement, les envois de fonds des migrants sont appelés à rester une composante significative des économies des pays pauvres. « Aux niveaux actuels, les familles des pays à revenu faible ou intermédiaire recevront environ 3.600 milliards de dollars entre 2026 et 2030 », prévoit le Fida.

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A ce jour, quelque 220 millions de migrants et de membres de la diaspora dans le monde soutiennent environ 1,1 milliard de proches restés au pays. Mais cinq pays ont reçu près de la moitié du total des envois de fonds : l’Inde, le Mexique, les Philippines, l’Egypte et le Pakistan.

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Les trois quarts des envois de fonds servent avant tout à couvrir des besoins immédiats, tels que l’alimentation, le logement et les services publics. Plus de 30 % des envois de fonds sont destinés aux zones rurales, là où l’emploi formel, les services financiers et les infrastructures publiques sont souvent les plus déficients.

Seulement un quart du montant global de ces fonds – plus de 180 milliards de dollars par an – est destiné à des objectifs à plus long terme, comme la santé, l’éducation, le logement, l’épargne, la création d’entreprises et d’autres activités génératrices de revenus. Pour juger de leur importance, il suffit de savoir que ces envois de fonds représentent plus de la moitié de la valeur des exportations dans 22 pays pauvres.

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Sur un plan géographique, les pays de l’Asie-Pacifique ont capté plus de la moitié des envois de fonds (385 milliards). Ces flux ont augmenté de 95 % au cours des dix dernières années. L’Inde (150 milliards), les Philippines (41,5), le Pakistan (40,4,) le Bangladesh (33,8) et la Chine (30) ont été les principaux bénéficiaires.

L’importance de l’Arabie et des Emirats

Les pays de provenance des fonds donnent une idée précise de l’implantation des migrants. Pour l’Inde, les flux proviennent, dans l’ordre, des Emirats arabes unis, des Etats-Unis et d’Arabie saoudite. Pour les Philippines, les Etats-Unis arrivent largement en tête. Côté Pakistan, les fonds viennent d’Arabie saoudite, des Emirats, de l’Inde et du Royaume-Uni. Pour la Chine, les Etats-Unis et Hong Kong sont les deux premiers pourvoyeurs.

Les pays d’Amérique latine et les Caraïbes ont connu une croissance plus rapide que toute autre région. Les flux ont bondi de 132 % par rapport à 2024 pour atteindre 168,6 milliards de dollars. Le Mexique a cependant enregistré un léger reflux (-4,8 %) en raison de l’effet Trump.

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L’Afrique a reçu 124,2 milliards (+86 %). L’Egypte s’est imposée comme le premier pays bénéficiaire du continent grâce aux envois des migrants établis en Arabie saoudite et aux Emirats, devançant le Nigeria. Si l’on ajoute le Maroc, l’Ethiopie et le Kenya, ces cinq pays africains concentrent près des trois quarts des envois de fonds vers le continent. Pour l’Algérie, qui a reçu 1,8 milliard de dollars, la quasi-totalité vient de France. Quant au Maroc (7,4 milliards), la France mais aussi l’Espagne et l’Italie sont à l’origine des envois de fonds.

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Pour le Fida, ces comparaisons mettent en lumière deux réalités distinctes : si les grandes économies déterminent les volumes mondiaux, les transferts familiaux soutiennent, dans les économies de plus petite taille, le revenu national et les recettes en devises. Un effet appréciable en ces temps de politique d’aide au développement sur le reculoir.

Avec Les Echos

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