
« Ils tiraient sur tout ce qui bougeait » : l’Iran accusé de crimes contre l’humanité
Quatre ans après le soulèvement « Femme, Vie, Liberté », un rapport d’Amnesty International accuse les autorités iraniennes d’avoir mené une répression d’une brutalité exceptionnelle. L’organisation appelle à des poursuites internationales contre les principaux responsables présumés.
Les images des manifestations qui ont secoué l’Iran en 2022 ont fait le tour du monde. Déclenché après la mort de Mahsa Amini, le mouvement « Femme, Vie, Liberté » a rassemblé des milliers d’Iraniens dans les rues pour réclamer davantage de libertés et une profonde réforme du système politique. Quatre ans plus tard, Amnesty International publie un rapport accablant sur la réponse des autorités.
Dans ce document de plus de 1 000 pages, l’organisation de défense des droits humains affirme que les autorités iraniennes ont commis des crimes contre l’humanité dans le cadre d’une répression « généralisée et systématique » visant à écraser la contestation populaire.
Le rapport recense de nombreuses violations présumées des droits humains, parmi lesquelles des homicides, des actes de torture, des violences sexuelles, des disparitions forcées et des détentions arbitraires. Selon Amnesty International, ces actes s’inscriraient dans une stratégie coordonnée destinée à faire taire toute opposition.
Parmi les témoignages recueillis figure celui d’un manifestant de Sanandadj, dans la province du Kurdistan. Son récit résume à lui seul la violence dénoncée par l’organisation : « Ils tiraient sur tout ce qui bougeait. Selon plusieurs témoins, les forces de sécurité auraient ouvert le feu sans distinguer manifestants, passants, femmes ou enfants.
Amnesty International affirme avoir identifié 87 représentants de l’État susceptibles de faire l’objet d’enquêtes pénales pour leur rôle présumé dans cette répression. L’organisation dénonce une situation d’impunité persistante et estime que plusieurs responsables continuent aujourd’hui d’occuper des postes au sein des institutions sécuritaires et judiciaires du pays.
Face à ce constat, l’ONG appelle l’Assemblée générale des Nations unies à créer un mécanisme international de justice pénale chargé d’enquêter sur les crimes présumés et de préparer d’éventuelles poursuites contre les principaux responsables.
La publication de ce rapport intervient dans un contexte régional toujours marqué par de fortes tensions. Amnesty International estime que la population iranienne demeure exposée à de graves risques, non seulement en raison des conflits qui secouent la région, mais aussi du maintien d’un appareil répressif que l’organisation juge intact.
Pour les défenseurs des droits humains, ce rapport représente l’une des documentations les plus complètes jamais réalisées sur la répression du mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Reste désormais à savoir si ces accusations déboucheront sur des enquêtes internationales et, à terme, sur des poursuites judiciaires contre les responsables présumés.
