
Mariée et mère d’un enfant, pédagogue et polyglotte, Christèle Fanfan mène depuis plusieurs années une vie professionnelle et sociale soutenue. Professeure de langues vivantes, promotrice des droits des migrants et défenseure de la cause féminine, cette trentenaire affiche un engagement remarquable sur plusieurs fronts. Native de Thomassin, elle présente un parcours riche et inspirant. Malgré l’ampleur de ses responsabilités publiques, elle veille à préserver l’équilibre de son foyer
Jeune Migrant est allé à la rencontre de cette Haïtienne résidant au Brésil.
Jeune Migrant : Qui est Christèle Fanfan ?
Née à Thomassin, en Haïti, je suis Christèle Fanfan. J’ai grandi dans une famille monoparentale. J’ai fait mes débuts dans l’enseignement à l’âge de 19 ans, aux côtés de la psychopédagogue Sabine Trouillot, l’épouse de l’écrivain Lyonel Trouillot. Dans l’intervalle, j’avais initié des études en management à l’INAGHEI. Ne m’étant pas sentie dans le bain, j’ai opté pour d’autres orientations.
Tambour battant, j’ai quitté Haïti pour me rendre en Argentine, sur les conseils d’une amie. De là, j’ai subi les chocs de la migration et ses dérivés : xénophobie, mésinformation, racisme systémique, etc. Je suis mariée et mère d’un petit garçon.
Du côté professionnel, je suis pédagogue, polyglotte et professeure de langues vivantes ici, au Brésil. Je suis passionnée par tout ce qui a trait aux droits humains, notamment les droits de l’enfant, les droits des femmes et les droits des migrants. Cette passion m’a conduite jusqu’à la tribune des Nations Unies en 2023, où je suis allée présenter un projet sur l’éducation inclusive dans les pays sous-développés, en particulier en Haïti.
Au Brésil, à Chapecó, j’ai déjà pris part à l’Assemblée législative de Santa Catarina au sujet des étudiants immigrants. Je suis aussi directrice régionale pour le Brésil dans une organisation internationale : . Je fais aussi office de déléguée pour Haïti à l’Assemblée internationale des jeunes à l’ONU.

Jeune Migrant : Êtes-vous d’avis que votre parcours pourrait stimuler beaucoup de gens ?
Rire ! Oui, je le pense. J’ai un parcours marqué par plusieurs moments de supération, de résilience et de lutte intense. Bien que née dans une famille monoparentale, je perds ma mère à l’âge de 17 ans. Depuis lors, je suis obligée de me battre pour garder la tête hors de l’eau. Qui plus est, ma mère avait laissé un bébé d’un an.
J’ai donc traversé des moments très difficiles. Mais Dieu fait grâce. Mes tantes et des amis m’ont aidée à surmonter certains échecs. Dès mon jeune âge, j’apprends à concilier travail et études malgré les difficultés. Je me rappelle avoir passé les épreuves de l’INAGHEI deux semaines après l’enterrement de ma mère.
Je dois aussi préciser que j’ai refusé plusieurs mauvaises offres.
Jeune Migrant : Avez-vous une mission particulière, une cause à laquelle vous ne faites pas de compromis ?
Mon honnêteté, ma loyauté et mon respect. Au nom de ces vertus, j’ai laissé passer certaines occasions qui s’apparentaient à de belles et grandes opportunités, mais qui, par la suite, auraient pu ruiner ma carrière et altérer ma personnalité.
Jeune Migrant : En tant que mère et femme influente, comment avez-vous vécu l’arrivée de votre fils ?
L’arrivée de mon fils a été pour moi comme un tourbillon d’émotions, à tel point que je n’ai, jusqu’à présent, pas trouvé les mots justes pour les exprimer. Est-ce vrai, J’ai été perturbée dans les premiers moments, mais j’ai, par-dessus tout, fait preuve d’optimisme.
Comme vous pouvez le remarquer, je voyage beaucoup et je suis très active. Je me rappelle qu’à cette période, je devais animer un sommet international de la jeunesse pour la paix à Montpellier, en France. Tout était déjà bien planifié, je ne pouvais rien annuler.
Pour des raisons familiales, j’avais dû quitter le Brésil pour me rendre aux États-Unis. De là, j’ai voyagé en France pour l’activité, où j’ai passé une semaine à l’animer avec sept mois de grossesse. Je me rappelle que c’est à ce moment-là que j’ai rédigé la première partie de mon mémoire de fin d’études en pédagogie.
Je dois préciser que la présence de mon fils dans ma vie devient une motivation supplémentaire pour aller de l’avant. Déjà, je me vois active sur plusieurs terrains en même temps. Somme toute, son arrivée représente pour moi un moment d’autodétermination et une source constante de motivation.
Jeune Migrant : Femme influente, responsabilité familiale et féminité, comment chevauchez-vous entre ces volets ?
Parfois, elles s’entremêlent, parfois je fais une chose à la fois. Je sais déjà que je dois être disponible pour mon fils tout en pensant à être épouse de mon mari. Je dois, en passant, en profiter pour saluer les efforts de mon mari : il est très coopératif et m’a grandement soutenue dans les tâches ménagères. Nous nous entraidons. J’en profite pour prodiguer certains conseils aux hommes : aidez vos femmes !
En ce qui concerne mes activités professionnelles, mon mari me soutient beaucoup. Je les réalise souvent avec mon fils dans les bras. Je n’y vois aucun problème.
Jeune Migrant : Qu’en pensez-vous de “femme au foyer” ?
Normalement, une femme au foyer est une travailleuse ayant trois missions. D’abord, elle doit gérer la maison. Ensuite, elle doit trouver un certain équilibre entre son enfant et son mari, car être mère est différent d’être épouse : ce ne sont pas les mêmes rôles.
Les femmes au foyer méritent une attention particulière aux yeux de la société. Contrairement à ce que l’on pense, leur rôle n’a rien de dévalorisant. Toutefois, elles doivent apprendre à épargner, car nul ne sait de quoi demain sera fait. Par ailleurs, elles doivent veiller à consacrer du temps pour elles-mêmes, pour leur esprit et leur bien-être.
Jeune Migrant : Un conseil pour les jeunes mamans.
Je pourrais leur dire : « Actualisez-vous ! » Innovez, apprenez de nouvelles compétences, investissez en vous et visez une autonomie financière — tels sont mes conseils. Être mère ne symbolise pas une fin en soi.
Propos recueillis par Junior Luc
