
Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) des États-Unis a effectué son deuxième vol d’expulsion vers Haïti le jeudi 27 août 2027. Ce vol charter transportait 57 Haïtiens, y compris plusieurs enfants nés aux États-Unis. Ce nombre s’ajoute à celui de 161 compatriotes qui ont été débarqués à Cap-Haïtien en provenance des États-Unis le jeudi 20 août.
Ces déportés ont reçu de l’ONM un kit, un accompagnement psychologique et une enveloppe de 10 000 gourdes. Cela équivaut à 76 dollars pour recommencer une nouvelle vie. Cependant, une question se pose : que peut faire un déporté avec 76 dollars USD ?
Bienvenue dans le dilemme haïtien.
Le communiqué de l’Office National de la Migration reste inchangé : un accueil digne, humain et organisé. Distribution d’eau et de nourriture, accès aux soins, soutien psychosocial et aide au transport.Sur le tarmac, la mise en scène fonctionne bien. À la sortie de l’aéroport, la réalité reprend ses droits. Que peut-on réellement acquérir avec 10 000 gourdes en Haïti en 2026 ?
Payer un tap-tap du Cap à Port-au-Prince, se procurer deux jours de nourriture et recharger un téléphone prépayé pour signaler à sa famille qu’on est en vie. Et ensuite ? Rien. C’est tout le dilemme de l’État haïtien. Il est contraint d’accueillir ses ressortissants expulsés, mais il est structurellement incapable de les réintégrer. Comment évoquer un « retour dans leurs communautés d’origine » lorsque ces communautés sont étouffées par les gangs, sans emploi, sans logement et sans services ?
L’ONM en est conscient. C’est pourquoi il évoque en parallèle son programme « Chak Moun Gen Plas Yo ! ». 5 millions de dollars pour 10 000 déportés sur 12 mois. Faites le calcul : 500 dollars par personne et par an. Le programme lui-même reconnaît que son objectif n’est pas de « réellement lutter contre la pauvreté », mais simplement d’éviter que les gens ne « plongent dans une extrême précarité dès leur arrivée ».
On est passé de la réintégration à la gestion de la misère.
On nous annonce 4 000 emplois temporaires dans des chantiers communautaires et 2 000 micro-dons de 500 dollars. Traduction : pour 6 000 personnes, quelques semaines de travail précaire. Pour les 4 000 autres, même pas ça. Et après trois mois, lorsque le chantier se termine et que les 500 dollars sont absorbés par l’inflation, que deviennent-ils ?
Le problème n’est pas l’ONM. Ses agents font de leur mieux avec des moyens très limités. Le problème est qu’on demande à une petite structure humanitaire de réparer les fissures d’un effondrement étatique.
L’ONM ne peut pas garantir de sécurité. Il ne peut pas offrir de logement durable. Il ne peut pas créer d’économie. Il ne peut offrir qu’un symbole. 10 000 gourdes. 76 dollars. Le prix officiel pour faire semblant d’accompagner et pour abandonner dignement un citoyen à la sortie de l’aéroport.
