Le président élu chilien, José Antonio Kast entre nationalisme et internationalisme

Le Chili accueille un nouveau chef d’État. Ce pays alterne souvent les gouvernements de droite et de gauche. Madame Bachelet, qui reste très connue pour avoir ouvert les bras aux migrants haïtiens et vénézuéliens , demeure la figure emblématique de cette époque pour avoir mis en avant les droits de la personne humaine. Elle a dirigé le Chili dans la tradition de lutte orchestrée autour du feu, le président Salvador Allende. Elle a dû s’insurger contre les pratiques de la dictature instituée par le général Augusto Pinochet dont le programme se résumait à la chasse des communistes et au non-respect des droits.

L’élection présidentielle donne lieu aux partisans de ces deux visions à s’affronter afin d’exercer le pouvoir. La bataille semble ainsi se poursuivre à travers les urnes selon des règles et principes de droit. La région doit-elle espérer une convivialité ou une mésentente ? Le nationalisme dont il s’affuble ne contraste-t-il pas avec l’idée de formation de grands blocs régionaux mis en vogue depuis l’Alliance des États du Sahel (AES) ? Le changement des données géopolitiques et les revendications du peuple chilien ne peuvent-ils pas corriger la tendance et assurer l’alternance? Essayons de mieux comprendre.


Vague perception du leader et de son programme
Aux yeux de plus d’un, le programme politique et économique du nouvel élu parait moins connu que son slogan visant à dresser des barricades en prônant la chasse aux migrants. Cette attitude suscite inquiétude pour les étrangers et laisse présager un possible regain d’instabilité politique dans la région, au regard de l’observateur subtil. Le modèle est déjà à l’œuvre quelque part en Amérique.

La République dominicaine est une très bonne élève qui applique ce qui lui a été dicté vis-à-vis des migrants haïtiens. Elle viole systématiquement les droits de ces femmes, enfants et hommes sous le regard complice des organisations internationales qui devraient sanctionner ces gouvernements. Les agents de l’ordre chassent les migrants et s’accaparent leurs biens. Ce qui est contraire au credo des Latins qui, par leur attachement au catholicisme fondateur, pratiquent et reconnaissent le droit.

Ces régimes développent étonnamment un certain nationalisme. En quoi consiste-t-il ? Ne rappelle-t-il pas des régimes totalitaires qui ont déjà endeuillé la planète ? Faisons un bref rappel.


Présentation du contexte : chasse aux immigrants


Le nationalisme dont il est question, aujourd’hui, n’est pas nouveau. Hitler, qui affirmait que la race blanche était celle appelée à dominer et que les Aryens (son peuple) étaient les seigneurs des seigneurs (race supérieure), expulsait les étrangers pour rendre son économie forte et étendre sa domination sur le reste du monde. Même les Juifs et Noirs ayant la nationalité allemande ont été expulsés ou exécutés.

Il suffit d’un petit effort pour se rendre compte que certains agissent dans sa vision politique et ethnique du monde. Le terme Nazi n’avait pas cette connotation péjorative qu’on lui connait puisque le diminutif désignait le Parti National Socialiste des travailleurs allemands. Les atrocités qui dérivaient de cette vision fermée du territoire et de l’économie nous font frémir encore aujourd’hui car les acteurs actuels posent les mêmes actes : centres de détention, expulsion massive, dépaysement, la Gestapo, change de nom et de contexte.

Parallèlement en Italie, Benito Mussolini, qui faisait croire que le ’’duce’’ (chef) a toujours raison, nous rappelle que ces hommes n’acceptent pas de contradicteurs. Les prisons étaient construites pour leurs opposants et non pour corriger ceux qui enfreignaient les lois. Dans ce contexte le nationalisme tel qu’il déploie ses jupons en Amérique fait très peur, vu les antécédents totalitaires.


Bienfaits de la migration et du respect des droits

Le Brésil, pays champion du mouvement théologico-politique tourné vers la libération, voit la
cohabitation des Noirs, des Blancs et des Autochtones. La légende du foot-ball, le roi Pelé marié à des femmes blanches, illustre bien l’idée que le courant anthropologique faisant croire qu’il existe des races supérieures ou inférieures ne tient pas debout. Anténor Firmin l’a démontré : toutes les races sont égales.

L’ethnocentrisme, courant qui laissait croire à chaque groupe qu’il est le centre du monde, est obsolète. C’est l’époque du relativisme culturel. Toutes les cultures se valent. Il n’existe pas d’ethnie mais d’anthropos. L’homme est le même partout. Il n’y a pas de vaccin pour blanc, un autre pour noir ou jaune. Le génome humain ferme les débats. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent (99) de nos gènes sont communs, la différence réside dans seulement un pour cent (1). Le peuple et le gouvernement brésilien font bon accueil aux migrants haïtiens en appliquant les principes chrétiens. ‘’ J’étais étranger, et vous m’avez bien accueilli’’, question d’échapper au jugement dernier. L’amour et la convivialité sont les qualités nécessaires pour bien vivre ensemble.


Au Chili, grâce à l’intégration des migrants, un Haïtien, Jean BEAUSÉJOURS, est parvenu à défendre les couleurs du Chili au championnat mondial de football. La France n’aurait pas pu gagner deux Coupes du monde de football sans la migration et la reconnaissance de l’égalité des races. Les entrepreneurs chiliens qui avaient besoin d’une main-d’œuvre, les philosophes et les historiens qui savent combien il est important de former un gros village global au lieu de se recroqueviller chacun dans un village clos. Surtout quand nous partageons les mêmes valeurs.


Dissiper les doutes et craintes


Les minorités auxquelles on fait croire que leur manque est causé par les immigrés se rendent vite compte qu’on les a bernés. Les élus n’ont pas pu combler leurs attentes. Les notions de démographie leur échappent très souvent. Ils ne peuvent pas habiter tout l’espace tout seuls. Point n’est besoin de rappeler l’acte salvateur et héroïque du jeune sans-papier en France qui a soudainement volé au secours d’un enfant en péril.

Au Chili, un Haïtien a accompli une prouesse semblable en amortissant le choc mortel qu’aurait subi une dame. Ils ont été récompensés, certes, mais n’avaient pas agi avec prémeditation. Il fallait sauver ces gens, ils l’ont fait. La migration favorise le métissage culturel. Le savoir émigre aussi.


Le Canada peut en témoigner après les travaux des éminences grises comme Georges Anglade , Émile Olivier, Maximilien Laroche, Samuel Pierre, Dany Laferrière… Il y a lieu d’échanger entre les peuples. Des Haïtiennes se sont étonnées en constatant que leur seule connaissance de la vertu de certaines plantes médicinales leur a permis de trouver la gratitude de leurs collègues de travail. Elles leur ont préparé un thé qui leur a permis de vaincre la covid-19. Sans oublier que la science et la technique ne connaîtraient pas un tel essor sans les mouvements migratoires. Les savants n’ont choisi ni leur lieu de naissance ni la couleur de leur couche épidermique.


Les Haïtiens émigrent en quête de travail. Ils se tournent vers des pays où l’industrie fonctionne avec des terres cultivables accessibles. Toutefois, ils n’oublient ni leur patrie ni leur grande famille. Souvent ils s’installent durablement et confortablement dans leur pays d’accueil comme ces petits-fils d’immigrants qui s’imposent comme des autochtones en voulant chasser tous les autres. Comme ces petits fils d’immigrants devenus présidents ….autres. Haïti est une terre de liberté.


Coudre le tissu social


Guérir la société en cousant le tissu social…par la prédication religieuse (Évangile selon Mathieu 25), en développant un humanisme axé sur les valeurs et le droit. Tel doit être le leitmotiv de tout leader qui n’est pas frappé d’amnésie. Donc, malgré le retour sans fard d’un nationalisme visant à écarter les droits humains et les valeurs, les peuples doivent se réveiller pour éviter encore une fois que la planète ne soit. Il faut des ponts et non des murs ( virtuels ou réels), éduquer en ouvrant des centres d’apprentissage et non des centres de réclusion avec des traitements inhumains. Aucun peuple n’est supérieur à un autre. Et comme l’a souligné un sage asiatique : « À l’intérieur des cinq mers tous les hommes sont frères. »

Vixamar Wilner

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