Femmes, investissez en vous , conseille la juriste Shelenchie Jeanty
Commémorée chaque année dans le but de promouvoir l’émancipation des femmes et le
respect de leurs droits, la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, est
symbolique. Cette année, la commémoration se veut une mobilisation intégrale aux côtés des
femmes et des filles. Une aspiration a exigé l’égalité des droits, ainsi qu’une justice équitable
promouvant le respect et la jouissance des droits. En cette occasion, Jeune Migrant s’est
penché sur un aspect important dans l’épanouissement des femmes : les études. Ainsi, nous étions allés à la rencontre d’une jeune dame, Shelenchie Jeanty. Récemment licenciée en
sciences juridiques, elle deviendra sous peu la première avocate haïtienne au Chili. N’est-ce pas inspirant ?
Jeune Migrant : De jour en jour, plus de filles et de femmes souhaitent entamer une étude
Universitaire, est-ce une forme de révolution, d’après vous ?
Shelenchie Jeanty : Oui, c’est une forme de révolution. Juste un regard dans l’histoire pourrait
nous aider à nous rendre compte de comment les femmes ont déjoué les stéréotypes. Lesquels leur interdisaient le droit à l’éducation, à un salaire équitable, à être des figures emblématiques. Avec le temps, elles ont apporté leur contribution à la science, à l’économie, à la technologie et j’en passe. Ce serait négligeable de ne pas affirmer que c’est le cas.
Jeune Migrant : Selon vous, existait-il vraiment une certaine inégalité entre les hommes et les femmes lorsqu’il s’agissait de poursuivre une formation universitaire ?
Shelenchie Jeanty : Bien sûr que oui. La structure sociétale qui était imposée à la base de nos
sociétés était inégalitaire. La gent féminine n’était pas faite pour qu’elle aille à l’université.
Toutes les possibilités furent réduites pour qu’elles n’occupent aucune des places qu’elles ont
eues aujourd’hui. Et quand on parle d’inégalité, cela signifie une mauvaise distribution des ressources sociales. C’est-à-dire, une société où un groupe de personnes est privilégié au détriment d’autres. Et s’agissant de la femme, elle représente toujours la partie subissant les conséquences.
On peut penser, à cet effet, au droit de vote accordé aux femmes au début du XXe siècle. L’accès à ce droit civil et politique a eu lieu très tard dans l’histoire. Pourtant, la Déclaration universelle des droits de l’homme qui stipulait que les droits de la personne sont universels et inaliénables a été appliquée bien plus tôt aux hommes. Tout cela atteste l’inégalité des genres dans le monde.
Jeune Migrant : Étudier en terre étrangère exige courage, pensez-vous que les femmes ont
Particulièrement besoin d’un élément particulier pour pouvoir tenir le coup ?
Shelenchie Jeanty : Le MENTAL ; c’est de loin leur meilleur allié. Dans notre société, la femme a
beaucoup de charges mentales (à souligner que je ne minimise pas celles de l’homme). Des
femmes peuvent subir des pressions qui pourraient constituer des limites dans leurs choix de
vie. Ce qui ne devrait pas être le cas.
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Nous sommes venus dans ce monde pour accomplir de grandes choses, hommes ou femmes. La femme, surtout l’Haïtienne, peut penser qu’elle ne doit pas aspirer à plus et que ses choix sont limités par les exigences et les soucis quotidiens, mais surtout le poids du déséquilibre du genre dans la société.
Par ailleurs, chacun de nous a un rôle à jouer dans cette société. Ne laissons pas les rôles et les
Les responsabilités alourdissent nos charges mentales.
Jeune migrant : Y a-t-il un avantage à part entière pour une femme de boucler un cursus
académique ?
Shelenchie Jeanty : Mais bien sûr, cela renforce la confiance en soi. Aussi permet-il de
développer un sens d’analyse plus aigu et fondé. D’abord, on ne se laisse pas dire n’importe quoi. Ensuite, on apprend à vérifier les sources d’information. Puis,on établit et fait respecter nos limites sans rester à la merci d’autrui pour survivre ou faire des exploits.
Jeune migrant : Quel conseil pourrez-vous prodiguer aux jeunes femmes ?
Shelenchie Jeanty : Investissez en vous-même de manière à avoir une tête bien faite et bien
pleine afin de forger votre place dans nos sociétés. C’est notre meilleur atout. Notre cœur peut être brisé, notre âme blessée au plus profond de nous, mais ce qu’il y a dans le cerveau est fort et difficile à détruire, s’il est bien construit.
Qu’on nous trouve prétentieuses, le plus important est de nous fixer sur nos grandes
aspirations. Malheureusement, il y a encore de jeunes femmes qui croient que certaines études ne sont pas faites pour elles parce qu’elles sont des femmes.
Mais, rappelez-vous que vous êtes appelées à vous dépasser et même vous surpasser. Le combat peut paraitre rude, intense et long, car il existe encore des croyances limitantes au sujet de la femme à déconstruire.
Et je pense que chaque jour nous appelle à marquer un pas de plus vers la déconstruction
mentale et sociétale qui bloque et limite les femmes.
Propos recueillis par Junior Luc



