
À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, jour réservé
à la lutte pour les droits des femmes, Jeune Migrant veut aborder un sujet préoccupant :
Celui de l’exploitation sexuelle. L’intérêt sera, surtout, porté sur les filles mineures. Étant
un phénomène mondial qui a pris une ampleur vertigineuse en Haïti, et qui, malgré sa
montée et le nombre de filles victimes, demeure sans réponse adéquate. Car les
autorités manquent toujours à l’appel. Rose Catherine Edouarzin, travailleuse sociale, a
fait le tour du sujet et a dévoilé les résultats de ses recherches en 2023.
Présentation de Madame Edouarzin
Passionnée pour les sujets relatifs aux classes défavorisées, la native des Cayes (Sud,
Haïti) a réalisé ce travail de mémoire dans le cadre de sa diplomation à la maîtrise en
Service social à l’université d’Ottawa, au Canada, en 2023.
Sa passion pour les recherches sur les personnes vulnérables est inspirée de son parcours académique en licence en travail social à la Faculté des Sciences Humaines à l’Université d’État d’Haïti, suivi de ses 11 années d’intervention sur des problématiques touchant la protection
sociale et la défense des droits des personnes vulnérables en Haïti, particulièrement les
mineures et les migrants.es.
Quid de la situation en Haïti
Monnaie courante en Haïti, la dernière situation d’exploitation, dénoncée au cours du
mois dernier, impliquant Daphné Aspil, ex-compagne du journaliste sportif Harold Domond, fonce le doigt dans la plaie. La justice lui reproche d’avoir agi comme proxénète en servant de pont entre de jeunes filles et un chef de gang dans la zone métropolitaine. La dame va-t-elle répondre aux questions relatives au proxénétisme, le cas échéant, pour purger sa peine ? Qu’en sera-t-il de ces nombreuses filles déjà abusées ?
Ce cas est récent, on le sait tous. Mais, vous vous rappelez de ces filles manipulées au
Ranch de Croix-des-Bouquets ? La justice a donné son verdict, le présumé coupable avait été blanchi. Et les victimes, ont-elles eu réparations ? Évoquons le cas de la pratique « Alantran » dans la communauté de Verrettes où des parents vendent leurs filles (souvent mineures) à un homme majeur dans le but de soutirer un peu d’argent pour la survie du reste de la famille.
N’oublions pas les cas d’exploitation sexuelle de mineures par des agents de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTHA) en échange de nourriture.
Et pour finir, mentionnons aussi les cas d’enfants haïtiens âgés de 9 à 17 ans exploités à Sosua en République dominicaine. Ces situations écœurantes avaient constitué de sérieuses préoccupations pour Rose lors de son travail de recherche.
Il faut préciser que l’expression « exploitation sexuelle » désigne toute atteinte sexuelle commise avec force, contrainte ou à la faveur d’un rapport inégal. Plus loin, elle englobe, sans s’y limiter, le viol, la tentative de viol, l’agression sexuelle, l’activité sexuelle avec un mineur, la pornographie mettant en scène des enfants, la prostitution d’enfants, l’esclavage sexuel et le mariage forcé. Donc, elle peut se présenter sous plusieurs formes.
Causes profondes de l’exploitation sexuelle des mineures en Haïti
Grâce au temps consacré à ses recherches, la travailleuse sociale a pu comprendre que
plusieurs facteurs sont à la base de l’exploitation sexuelle. Citons, par exemple, la
précarité économique de la plupart des familles, les inégalités systémiques comme le
manque d’accès aux services sociaux de base. Aussi, la perception sociale du genre et
du corps féminin dans la société. De plus, elle a pu comprendre que l’impunité des
agresseurs constitue une entrave majeure à tout processus visant à lutter contre ce
phénomène.
En dépit de plusieurs cas signalés, révélés et critiqués, moins de deux
personnes sont punies. L’un des obstacles démontrés, c’est que la justice haïtienne ne
dispose pas suffisamment de provisions légales spécifiques pour contrecarrer ce fléau.
Comment combattre ce fléau ?
- À la fin de son travail, Mme Edouarzin prétend pallier ce vide à travers ses recommandations. En voici quelques-uns :
Voter une loi ou un décret ministériel sur la lutte contre l’exploitation sexuelle où seraient définies toutes les formes d’exploitation. - Renforcer l’unité de lutte contre les agressions sexuelles de la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) de façon que des interventions et enquêtes ponctuelles soient menées sur les situations et les cas rapportés.
- Renforcer les ressources de la Brigade de la Protection des Mineurs au sein de la DCPJ, afin de faciliter les interventions en temps réel.
- Renforcer les tribunaux locaux avec des juges femmes qui sont formées sur la traite des personnes, l’exploitation sexuelle de mineures de façon à détourner toute tentative de corruption et d’arrangement à l’amiable entre les victimes, les familles des victimes et les criminels.
- Mettre sur pied une cellule/un point focal pour l’accueil des victimes d’exploitation sexuelle dans les commissariats de police et faire en sorte que toutes les personnes faisant partie du corps policier soient sensibilisées à cette cause, en vue d’un meilleur accueil des victimes et d’un bon référencement vers les services existants.
- Mettre sur pied des maisons ou centres d’hébergement qui viennent en aide aux filles et femmes qui souhaitent sortir de la prostitution, car souvent les motifs des travailleuses du sexe ne sont pas le désir ou le plaisir, mais plutôt les contraintes de la vie ou de proxénètes.
Ainsi, les filles exploitées et leurs proches sauront où se diriger, car souvent elles ont peur des bourreaux ou n’ont pas de moyens ou d’accompagnement suffisants pour les poursuites judiciaires, croit Rose Catherine Edouarzin, maître en Travail social.
